Aller au contenu

have a safe travel

eli mathieu-bustos

du 16 au 20 avril à 20h00

23
24
première danse performance

8 août
Eli subit son premier contrôle au faciès.
Plongés dans la mémoire de cet événement aussi banal que violent, nous découvrons quelles sont les premières procédures d’un système oppressif.

Dans ce premier solo, le chorégraphe a su transformer la violence systémique qu’il a subi en un matériau performatif fort et singulier développé à l’aide de la technique « De Caelo ». Cette dernière, conceptualisée par l’artiste lui-même, consiste à laisser une place importante à l’intelligence émotionnelle, au savoir situé et à l’improvisation. Mais aussi à convoquer les outils de l’astrologie, les cartes du ciel et à percevoir la manière dont les étoiles peuvent nous renseigner sur nos corps.

note d'intention

Après que ce soit arrivé, comme un réflexe j’ai appelé ma mère. Elle était en colère et triste.
Mais pas comme moi.
Une fois rentré chez moi, j’en ai parlé à ma coloc, elle était triste et désolée.
Mais pas comme moi.

Moi, à partir de ce moment j’ai pas arrêter d’avoir envie de crier.
J’ai pas arrêté d’avoir envie de brûler des trucs.
J’ai pas arrêté d’avoir peur.
J’ai pas arrêté de me dégoûter d’avoir peur.
J’ai pas arrêté d’être docile.
J’ai pas arrêté d’assimiler.
J’ai pas arrêté de me mettre en sécurité.
J’ai pas arrêté de dissocier.
J’ai pas arrêté d’être déshumanisé.
J’ai pas arrêté de penser le système.

J’ai pas arrêté de haïr la police.
J’ai pas envie d’arrêter de haïr la police.

À partir de ce moment, plus qu’avant encore j’ai envie d’arrêter la police.

Tu sais pas ce que c’est qu’un contrôle au faciès tant que tu l’as pas vécu. Probablement tu sauras jamais.
J’ai envie de te souhaiter de jamais le vivre et en même temps ce soir je veux que tu comprennes.
Non, t’as pas compris.
J’ai pas envie que tu comprennes, j’ai envie que tu sentes. Que tu écoutes dans ton corps c’est quoi. Ce mélange d’humiliation, de haine, de douleur, de rancoeur, de tristesse, de douceur, de beauté, de joie, de fierté, de force que c’est d’être un homme noir trans.

Je veux que tu écoutes. Que tu voies et que tu sentes pourquoi les jours de manifs et tous les jours où la police résonne dans la rue moi et mes potes, moi et mes adelphes, moi et plein d’autres, moi et probablement tan voisin·e, pourquoi nous on souffle ACAB.

Je veux que tu écoutes. Que tu voies, que tu sentes pourquoi tant qu’il y aura des keufs, il y aura des mort·es. Je veux que tu écoutes. Que tu voies et que tu sentes pourquoi ton identité est aussi politique. Pourquoi elle a un rôle à jouer dans le système. Que tu écoutes, que tu vois et que sentes que si tu décides pas, c’est cell·eux qui se donnent le droit de punir, de blesser et de tuer qui décideront le rôle que tu as. Je veux que tu écoutes, que te vois et que tu sentes pourquoi c’est nécessaire qu’on devienne des allié·es.

Tu sais pas ce que c’est qu’un contrôle au faciès tant que tu l’as pas vécu. Probablement tu sauras jamais.
Mais ce soir si t’es d’accord j’aimerai bien que tu ressentes avec moi un tout petit peu de ce qui se passe quand on est pas toi.

biographie

« Je viens d’une famille dont l’histoire cultive le silence comme une plante miraculeuse qui protège. Cette socialisation primaire a poussé ma sensibilité à comprendre ce qui l’entourait en se passant de mots. L’aiguisant tant et si bien que très jeune j’appris à décrypter les ambiances, les énergies, le langage non-verbal et les micro-expressions. En d’autres termes les intentions de mes environnements.

J’ai 6 ans et j’assiste à un battle de freestyle. Subjugué. C’est la première fois que je vois un humain émettre comme ça. Ses signaux de communication circulent audacieusement sans aucune entrave, m’ouvrant la porte d’un monde où le corps se suffit à lui-même pour dire. Je rencontre alors le grand amour de ma vie, celui dont l’authenticité n’a d’égale que son éphémérité : la danse d’improvisation.

Totalement épris, à l’aide d’académies extrascolaires et de Youtube, je découvre et m’essaye à tous les styles qui croisent ma route : libre, , break, kathak, dancehall, new-style, expressionnisme allemand, hip-hop, rock acrobatique, « Bollywood », krump, kamou, ballet, house, butō, popping, floorwork, locking, mohiniyattam, commerciales, contemporain, danses de salons…

En 2020, je crée une technique inclusive de danse d’improvisation qui ne hiérarchise aucun style, aucun rythme, aucune qualité de mouvement, aucune référence, aucun type de corps. Seule compte la justesse de l’émotion que ce dernier transmet au public. Cette technique s’appelle ‘De Caelo’. »

Eli Mathieu-Bustos

distribution et crédits

Chorégraphie, dramaturgie, interprétation, concept : Eli Mathieu-Bustos
Création lumière : Maureen Béguin
Création sonore : Loucka Fiagan
Production : AnAku
Soutien :  Mestizo Arts Platform – WIPCOOP (Be), KVS (Bruxelles, Be), La Bellone (Bruxelles, Be), Be My Guest – International Network for Emerging Practices, Kaaitheater (Bruxelles, Be), la Balsamine (Bruxelles, Be), DeSingel (Anvers, Be), AnAku, Kunstencentrum BUDA (Courtrai, Be) avec le Almost summer|Feminist Futures Festival, Belluard Bollwerk festival (Fribourg, Ch), Short Theatre Festival (Rome, It)
Regards extérieurs : Daniel Blanga Gubbay, Eric Cyuzuzo Niyobisi, Maria Dogahe, Ennassouh, Jazz Guyot, Aleksandra Janeva Imfeld, Brandon Kano Butare, Lucas Katangila, Krystel Khoury, Ana Kuch, Soto Labor, Sophie Sénécaut, Liza Siche-Jouan, Milø Slayers, Marie Umuhoza

Photo : ©Ichraf Nasri