Aller au contenu

angles morts

joëlle sambi

du 29 septembre au 1 octobre
et du 4 au 8 octobre à 20h

22
23

Au départ de son recueil de poésie Caillasses, Joëlle Sambi décide de porter ses textes à la scène en réunissant le spoken word, la danse et la musique live dans une esthétique à la lisière du concert et du solo slam.
Une plongée festive et intime dans les angles morts. Les angles morts, comme métaphores de ces parcours qui ne se trouvent représentés ni par un lieu unique, ni par une histoire unique, ni par un discours unique mais bien par la multiplicité des récits, des luttes, des espoirs, des colères et des joies.

Aftershow le 5 octobre

note d'intention

« La grand partie du corpus d’Angles Morts est tiré de mon dernier ouvrage de poésie Caillasses paru aux Editions L’arbre de Diane. Tout se déploie à partir de là. Sur scène un mélange de récits, de slam, de spoken words et de boxe.

C’est où la maison ? Comment se sentir chez soi ? Quelles conditions permettent de considérer un environnement comme un lieu à soi ? Angles morts aborde les questions persistantes qui traversent mon travail et mes engagements : Seront également évoqués les inconforts parfois douloureux, souvent difficiles et certainement schizophréniques suscités par le fait d’être située à la croisée de plusieurs chemins inextricables de par mon identité de genre, ma couleur de peau, mes serments militants, ma classe sociale, mon pays le Congo. Être chez soi nulle part, c’est avoir un chez soi partout. Mais si « tout » est « rien », alors à quoi ressemble ce « rien » ? Que faut-il pour faire de ce néant, cette absence, un « chez soi » sinon apaisant, au moins, tranquille ? Quelles émotions et réflexions ne voit-on pas venir ? Qu’est-ce qui se love dans ce paradoxe ?
Ce spectacle intrinsèquement multidisciplinaire ambitionne de s’immiscer dans les angles morts où se logent les enjeux des luttes collectives afroféministes, lesbiennes et antiracistes auxquelles je prends part. Je choisis de raconter mon « intimité politique», les divergences et les liens complexes qui surgissent quand on se tient, comme moi, dans un entre-deux ; me raconter pour nous raconter. Raconter en utilisant les mots, la parole ; en utilisant différentes langues. Parler une langue est une transhumance. Parler français, une migration. Raconter en utilisant les mots, la parole ; en utilisant différentes langues. Parler une langue est une transhumance. Parler français une migration. Plus encore, parler français en Afrique, c’est assumer une certaine histoire, et construire un futur. Le slam à travers les sujets sociétaux qu’il aborde permet d’élargir collectivement les possibles, de passer au crible le bruissement du monde. Il fait tomber les masques. Il est un art politique, régénérateur des imaginaires. Au pluriel et non au singulier : car la politique, fille de « la polis », de la cité, est une pensée et une pratique du pluriel.

Avec cette création slam, je fais le choix de joindre la parole à la musique (spoken word) et ainsi de créer une scénographie qui mêle autrement les langages du corps, de la voix, du son et de l’image pour surprendre, toucher, interpeller différemment. Et ce croisement de champs artistiques s’inscrit en résonance avec nos identités complexes, mélangées, alambiquées. Rythmé par la musique électronique live de l’artiste Sara Machine (afrohouse), qui en fabrique « à nue » la bande-son, ce poème scénique sera aussi émaillé de moments sans paroles comme la boxe et la danse qui figurent, racontent quelque chose. » Joëlle Sambi

biographie

« Je suis née le cul sur une frontière linguistique entre Bruxelles et Kinshasa, à l’équilibre entre la marge et le centre. Dans le creux de l’inconfort. Je m’en suis fait une (m)(r)aison de cet inconfort, un appel permanent à… Parce que la radicale nuance, parce que la mesure et l’excès. Politique toujours. Parce qu’il s’agit de constamment remettre en question sans tout balayer d’un revers de la main. Quoique…
Je viens de là où il faut avancer, s’interrompre sans s’appesantir, critiquer sans juger.
Je suis fille du Sud et je ne perds pas le Nord. Enfin, j’essaye…

Mes matériaux premiers sont les mots et le son.
Les mots d’abord. Ils sont mis en parole (Slam), en musique (spoken word), en écrit de nouvelles, romans, poèmes, documentaires, espaces radiophoniques. Cette liste non-exhaustive comporte les traces que j’arpente, un lacis de luttes-désirs-nécessités. C’est qu’il faut enlever les strates aux cases de l’identité normative en ponçant du texte, en huilant de l’image, en savonnant la scène.

Le son ensuite. J’aime les polyphonies, les bruits que produisent les choses, la nature, les humains et les nappes sonores, les samples produits à partir de toutes ces sonorités.

Mes créations artistiques et scéniques sont toujours construites, fabriquées à partir de ces deux éléments premiers. Elles sont aussi toujours liées les unes aux autres. Elles se répondent entre-elles, se suivent de manière plus ou moins anachronique.

Toute la matière première de mon travail est extraite de mes écrits qu’ils soient fictionnels, poétiques ou académiques. Je ne crée jamais à partir des textes d’un.e autre auteur·ice toutefois, dans le processus créatif chaque étape précédant le surgissement d’un objet original s’attarde, s’inspire peu ou prou sur les propos, la façon de faire, les positionnements d’artistes et/ou de militant·es qui m’inspirent : la poésie d’Audre Lorde, les envolées saxo de Matana Roberts, les polyphonies des femmes Mongo, le rythme et la scansion de Maya Angelou, les écrits de Sarah Kane, l’audace narrative de Marlon Riggs, l’utopie de Lizzie Borden, les strophes dégoulinantes de Lydia Lunch, les personnages qui respirent sous la plume de Virginie Despentes, le mordant trash de Casey, la douceur de Sembene Ousmane, le délice des rimes d’Oxmo Puccino ou Demi Portion, l’intransigeante poésie de Francis Cabrel, le RAP de Youssoupha et Chilla, l’histoire des femmes noires qui prend sens avec Zora Neale Hurston, la ligne de basse des Bana OK ou de Monique Bingham, le fond que l’on touche pour remonter avec les sons électro de The Asphodells, l’afrohouse joyeuse et mélancolique de Rema, la légèreté des vers croates de Vanda. Miksic, etc.

Tout me nourrit. Rien ne s’invente si ce n’est peut-être des manières de dire autre, autrement.

Je fais le choix conscient de ne travailler qu’avec des gens que j’aime et j’apprécie et dont j’admire les méandres politico-intellectuels. Ainsi, depuis très longtemps et sur base régulière, je crée des trucs artistiques avec le créateur sonore Nicolas Pommier ; la complicité qui nous lie rend le processus créatif particulièrement jouissif. Je joins aussi mes mots, mes idées à celles de la beatmaker Sara Machine, mon double en musique. J’en suis là où je suis aujourd’hui, surtout et aussi grâce à l’inspiration et au soutien de ma famille choisie d’abord. Mes compagnes de luttes : Lisette Lombé, Gia Abrassart, Milady Renoir, Rosa Gasquet, Catherine Gouffau, Antigone Aristidou, Camille Langlois, Pascaline Adamantidis et tous·tes celle·ux que je ne nomme pas ici. Nous sommes légion. » Joëlle Sambi

distribution et crédits

Avec : Joëlle Sambi, Sara Machine et Junior Drickx
Textes et mise en scène : Joëlle Sambi
Assistante à la mise en scène : Margot Briand
Œil extérieur : Milady Renoir
Dramaturgie : Anne Festraets
Composition musicale et création sonore : Magali Gruselle (Sara Machine)
Régie sonore : Nicolas Pommier
Chorégraphie : Hendrickx Ntela
Création lumière : Ledicia Garcia et Laurence Halloy
Régie générale : Grib
Scénographie : Christine Grégoire assistée d’Antigone Aristidou
Costumes : Romane Paquay
Production et diffusion : Sasha Lampole
Production : MoDul et Solala Bien
Coproduction : la Balsamine (Bruxelles, Be), le Théâtre de l’Ancre (Charleroi, Be), La Coop asbl et Shelter Prod
Soutiens : Lezarts Urbain (Bruxelles, Be), Théâtre des Doms (Avignon, Fr), Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service théâtre, la ville de Bruxelles – service égalité des chances, taxshelter.be, ING et tax-shelter du gouvernement fédéral belge.

Photographie : LoupKass

Caillasses est publié aux éditions L’Arbre de Diane, dans la collection Les deux Sœurs.