cinema impero

muna mussie

les 16 et 17 octobre
[en journée]
représentations one to one – 20 minutes

Hors les murs – Cinéma Galeries

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cinéma I.A. performance

Performance en anglais sans surtitres
Billetterie ouverte à partir de septembre

Cinema Impero tire son nom d’un cinéma construit dans le centre d’Asmara, en Érythrée, en 1937, sous le régime fasciste. En tant que langage, le cinéma a toujours eu le pouvoir de forger des imaginaires et, en parallèle, de façonner et de construire des récits, en particulier lorsqu’il est utilisé à des fins de propagande par des régimes autoritaires. Les nouveaux langages des intelligences artificielles tâchent eux aussi à la fois de surprendre et de déformer la réalité. Cinema Impero est un métarécit qui mêle de multiples couches spatiotemporelles et différents éléments linguistiques : des images vidéo issues des archives historiques de l’Istituto Luce et des archives personnelles de l’artiste, racontées et réalisées par deux voix et deux intelligences, l’une artificielle, l’autre émotionnelle. Cinema Impero est une boîte noire qui renferme le langage du cinéma, celui du théâtre et les algorithmes de l’intelligence artificielle. À l’intérieur de ce dispositif multisensoriel conçu pour un·e spectateur·ice à la fois, la personne est placée au centre du macrorécit et est invitée à s’abandonner à la proximité, un espace d’altérité intime, entre le narrateur et l’auditeur.

note d'intention

« Mon approche découle d’un intérêt pour l’image animée en tant qu’outil critique, capable non seulement de représenter la réalité, mais aussi de la construire et de la déformer. Ma recherche s’est toujours inscrite dans un espace hybride entre la performance, le cinéma, les arts visuels, les pratiques participatives et les langages émergents.
Dans Cinema Impero, des archives historiques de l’Istituto Luce dialoguent avec des images personnelles issues de mon premier voyage en Érythrée en 2016, ainsi qu’avec l’intervention de l’intelligence artificielle, ouvrant un champ d’investigation sur la manière dont les images génèrent du sens et du non-sens, et sur les responsabilités liées à leur construction et à leur diffusion. Ce que je souhaite mettre en évidence, c’est qu’il existe une certaine continuité entre la propagande et les algorithmes : les pratiques de contrôle des régimes dictatoriaux trouvent un écho dans les processus d’apprentissage des intelligences artificielles, où le langage est éduqué, sélectionné, corrigé ou corrompu et orienté.
Le projet est traversé par une dimension profondément personnelle : le lien historique, politique et émotionnel entre l’Érythrée, mon pays d’origine, et l’Italie, mon pays d’adoption.
Cette relation, marquée par l’histoire coloniale, se manifeste comme une présence stratifiée, parfois refoulée, qui continue d’agir dans le présent. L’architecture du Cinema Impero à Asmara, construit en 1937 pendant l’occupation italienne, devient ainsi non seulement une référence symbolique, mais un point où la mémoire privée et l’histoire collective s’entremêlent.
En ce sens, cette recherche constitue également une tentative d’explorer et de réinterpréter cet héritage, en mettant en tension les notions d’appartenance, de distance et d’identité.
Le thème du fantôme émerge dans ce projet : le spectre d’un passé colonial et fasciste qui continue d’habiter les images, mais aussi une présence instable, presque hallucinatoire, générée par l’intelligence artificielle. Le fantôme devient ainsi une figure perméable, à mi-chemin entre la mémoire personnelle, la trace historique et la construction artificielle.
Les questions qui guident le projet sont les suivantes : d’une part, qui produit les images et avec quelles intentions ? Quels mécanismes de pouvoir se cachent derrière la construction des récits ?
D’autre part, que signifie le cadrage ? Qu’est-ce qui est inclus et qu’est-ce qui est exclu du champ visuel ? Quelles histoires restent hors champ, et lesquelles sont rendues visibles ?
Au sein de ce système de questionnements, entre le visible et l’invisible, émerge le thème de la temporalité comme expérience de voyage à travers un espace-temps altéré.
Cinema Impero construit une dimension dans laquelle le passé et le présent, l’Érythrée et l’Italie, coexistent, se chevauchent et se contaminent mutuellement, générant une perception du temps discontinue et stratifiée. Le spectateur est invité à traverser ce paysage instable, où les images agissent comme des seuils et les récits comme des trajectoires.
Le choix de travailler avec une double voix – celle d’une intelligence artificielle distante et celle d’une intelligence émotionnelle, la mienne – répond à la volonté de mettre en tension deux modes d’interprétation de la réalité : l’un chaleureux et affectif, l’autre plus détaché et synthétique. De même, la construction d’une « boîte noire » – relevant du langage cinématographique, théâtral et algorithmique – se traduit par une expérience conçue pour un spectateur à la fois, visant à créer un espace de proximité et d’écoute, où le spectateur n’est pas passif, mais appelé à prendre position à mes côtés, tous deux face à une histoire qui nous appartient.
Cinema Impero n’offre pas de réponses définitives, mais construit un répertoire, un dispositif multimédia qui invite à un questionnement critique sur les images, leurs fantômes et nos façons de les habiter, guidé par une expérience intime.
Le texte de Gianmarco Mancosu, Vedere l’Impero – L’Istituto Luce e il Colonialismo Fascista, a été une source d’inspiration majeure. »
Muna Mussie

biographie

« Je m’appelle Muna Mussie ; je suis une artiste d’origine érythréenne installée à Bologne, où a commencé mon parcours dans le théâtre et la performance. Je me suis formée au Teatrino Clandestino entre 1998 et 2001, puis, en 2002, j’ai intégré la formation européenne avancée pour comédienn·es dirigée par Cesare Ronconi ; cette expérience a marqué le début d’une longue collaboration avec le Teatro Valdoca, qui s’est poursuivie jusqu’en 2012. Au début des années 2000, j’ai cofondé le collectif de recherche Open, un important espace d’expérimentation.
Au fil du temps, j’ai développé une pratique oscillant entre arts de la scène et arts visuels. Parmi mes œuvres, on citera Madrepatria, Monkey See, Monkey Do, Milite Ignoto et Punteggiatura ainsi que des projets plus récents comme Oblio, Curva Cieca, Bologna St. 173 et Cinema Impero. Mon travail découle souvent d’une exploration de la mémoire individuelle et collective, et la broderie s’est imposée dans ma pratique comme un geste partagé et participatif.
J’ai présenté mon travail dans divers contextes, notamment lors de festivals, dans des musées et dans des espaces indépendants, en Italie et à l’étranger. Certains de mes projets figurent dans des collections publiques, comme celle du MAMbo à Bologne. J’ai collaboré avec des artistes tels que Flavio Favelli, Massimo Carozzi, Invernomuto, Brett Bailey, Mette Edvardesen, Sara Manente et Gianluca Mattei.
C’est la recherche qui continue à guider ma pratique : l’expérimentation à travers différents médias et la volonté de donner forme à la tension qui émerge entre différents pôles expressifs. »
Muna Mussie

distribution et crédits

Cinema Impero est le projet lauréat de la première édition de blOOm, un reseau de creation en tête-à-tête, promu et conçu par : Fondazione Armunia (Castiglioncello, It), Primavera dei Teatri (Castrovillari, It), Santarcangelo Festival (It), Sardegna Teatro (Cagliari, It) et Triennale Milano Teatro (It)

Écrit et mis en scène par : Muna Mussie
En collaboration avec :
Montage vidéo : Luca Mattei
Anthropologue africaniste : Simao Amista
Conservatrice d’art contemporain : Martina Angelotti
Musicien : Matteo Nobile
Concepteur sonore : SimonLuca Laitempergher
Traductrice : Susan Zuckerman
Projet soutenu par le ministere italien des Affaires étrangères dans le cadre de LANDING
Avec le soutien de : Passage Festival (Helsingor,Dk),
IIC Strasbourg (Fr) et le département Export de l’ATER Fondazione (Bologne, It)
Coproduction : Museo delle Civilta, Rome (It)

Cinema Impero est présenté dans le cadre du réseau R.O.M (Residencies On the Move) à La Balsamine sur invitation du Santarcangelo festival (Italie) et en partenariat avec le joli collectif – Théâtre l’Aire Libre (France), Reykjavik Dance Festival (Islande) et Théâtre Prospero (Canada).
Le réseau R.O.M est soutenu par l’Union Européenne dans le cadre du programme Creative Europe, le programme la Route de l’art du Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts et des lettres du Québec.

Photo : Pietro Bertora