en avant la grosse caisse !
martine wijckaert
du 18 au 20 juin
« 1981, c’est l’hiver, il fait froid, il fait noir, il fait tard.
Quatre emmitouflés sont à l’œuvre, au premier étage de la Caserne, côté avenue Charbo ; quatre emmitouflés qui se sont incrustés dans cette ruine sentant la fiente de pigeons et le rat crevé, quatre emmitouflés qui font de l’art et sont passablement heureux de le faire. Il y a une cheminée ouverte et ils y font du feu au moyen des lattes du plancher qu’ils arrachent à mesure. C’était une nécessité pratique, ce feu dans l’âtre nu, et c’était aussi devenu un beau geste de scène, éventrer le sol pour se chauffer.
En attendant, les quatre emmitouflés sont comme on dit « en générale », demain ils recevront un public nécessairement aventurier au cœur de leurs ruines hantées.
Les emmitouflés ont bien perçu, quoique vaguement, l’obsédant balayage d’un gyrophare bleuté dans la nuit sombre de l’avenue Charbo, simplement pas de quoi interrompre leurs affaires jusqu’à ce moment où les fenêtres de leur abri précaire volent en éclats. Au travers du trou béant et glacé jaillit la tête agressive d’une espèce de gorille noir et botté, armé d’une hache et d’une sorte de bazooka qui crache en sifflant de la neige blanche et gluante dans le beau feu de Jean-Jacques qui dit :
« Mais enfin… mon feu… »
« Non mais vous vous croyez où ? » clame le gorille qui porte un casque rutilant de pompier
« Au théâtre, monsieur, nous sommes dans un théâtre ici ! » répondent simplement les emmitouflés, « et vous venez d’interrompre notre générale ! ».
« Et moi je vous réponds que dans ce cas, il s’agira de ramoner votre conduit, bande d’ahuris ! Et de m’en amener le certificat avant l’ouverture de votre fancy-fair, merde alors » … Et il sort.
Et La Balsamine est née. »
Martine Wijckaert
46 ans plus tard Martine Wijckaert va quitter La Balsamine pour s’aventurer sur d’autres fleuves enneigés. D’autres eaux en mouvement. Mais avant de partir elle organisera sa propre fête, son pot de départ. Un dernier coup d’éclat, un dernier feu.
Trois jours de fêtes pensés et programmés par elle, pendant lesquelles elle terminera comme elle a commencé, en invitant d’autres à jouer, à danser, à composer et à chanter.
Trois jours qui résonneront au cri toujours intact d’« En avant la grosse caisse ! »
Vous êtes invité·es.
« Je suis née à Bruges, le 27 août 1952, dans le vieil Hôpital Saint-Jean, d’une mère brugeoise et d’un père gantois. J’ai été baptisée dans la chapelle de l’Hôpital qui, à l’époque, exhibait encore au tout-venant ses Memling… Mon père y a vu les meilleurs présages.
J’ai été instruite de mes 3 à 17 ans au sein d’une rigoureuse institution catholique. J’y ai appris les délices de la désobéissance et la magnificence du langage symbolique, antichambre de la tentation artistique.
Je suis entrée à l’INSAS en jupe plissée d’écolière, j’en suis sortie en jeans.
Je n’ai jamais travaillé dans un vrai théâtre car j’ai eu la chance de m’installer dans les ruines d’une vieille caserne où frotter la matière théâtrale contre la rugosité de murs bien réels. J’en ai conçu une haine viscérale des pendrillons et autres coulisses. L’espace brutal a été mon maître à penser et à écrire.
J’ai eu la chance aussi de rencontrer une scénographe de grand talent, Valérie Jung, qui elle aussi aimait faire chanter la matière. Nous travaillons ensemble depuis plus de 45 ans. Entre nous, peu de mots, mais des gestes.
J’ai eu la chance enfin de pouvoir fédérer autour de moi une famille artistique d’actrices et d’acteurs, d’artistes du plateau. Cette durée, cette fidélité ont fait de nous toutes et tous les protagonistes d’un atelier d’artisans, au sens quasi XVIIème du terme…
Le temps donc est devenu mon plus bel allié, le temps long qu’il faut pour regarder et créer. »
Martine Wijckaert
Programmation : Martine Wijckaert
Production : la Balsamine ( Bruxelles, Be)