jardin – à un moment donné, je me suis sentie concernée
amel benaïssa
les 24, 25 et 27 mars 2026 à 20h00, les 26 et 27 mars à 10h30, le 28 mars à 18h00
Izrar, une citadine active et débordée, laisse mourir sa plante, réputée increvable. Un détail ? Pas vraiment. 4 ans après les faits, elle remonte le fil de sa pensée avec Travik, son voisin envahissant, et ne cesse d’être interrompue par Hermano, son propriétaire imprévisible. Et si cet événement était le point de départ d’un soulèvement intérieur ?
Une enquête étonnante qui glisse peu à peu dans l’introspection. Jardin mêle humour, émotion et chansons dans une « dramédie » vive et rythmée, où le quotidien flirte avec l’absurde.
Sur scène, un groupe d’interprètes complices donne vie à ce récit aussi loufoque que bouleversant. L’écriture d’Amel Benaïssa et Mathurin Meslay interroge notre rapport au vivant, à l’autre, à nous-mêmes. À travers le funeste destin d’une plante verte, c’est notre lien brisé à la nature qu’ils tentent de mettre en lumière.
Jardin nous fait rire, réfléchir, et ouvre une brèche sensible dans le béton des villes. Une fable urbaine, écologique et résolument humaine.
«Imaginez cette fable: une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont de la « nature ». À savoir
: non pas des êtres, mais des choses, non pas des acteurs, mais le décor, des ressources à portée de main. Une espèce d’un côté, dix millions de l’autre,
et pourtant une seule famille, un seul monde. Cette fiction est notre héritage. Sa violence a contribué aux bouleversements écologiques. »
Manières d’être vivant, Baptiste Morizot.
Pure citadine, mon environnement est constitué principalement de béton. J’ai grandi en périphérie d’une métropole occidentale, et je vis aujourd’hui
au coeur d’une autre. Mes grands-parents, que je n’ai jamais connus, étaient cultivateurs de dattes. Ils ont bâti une palmeraie. Deux générations plus
tard, et une émigration de l’Algérie à la France, ont suffi à faire disparaître cet héritage agricole. Je ne sais pas cultiver. Ou plutôt, je ne sais cultiver que
mon imaginaire et mon rapport à mes semblables. Malgré les valeurs humanistes avec lesquelles j’ai grandi et qui font de moi ce que je crois être (une
personne empathique et altruiste), je considère les plantes comme des objets de décoration.
Je n’ai pas la main verte et n’ai jamais appris à garder une plante vivante.
Or, il y a 5 ans une amie chère m’a offert une bouture en m’assurant que celle-ci était increvable et facile à entretenir. Cette dernière a fini par mourir,
un an plus tard. Sa disparition a créé un chamboulement dans ma façon de concevoir la hiérarchie entre les vivants, d’autant plus qu’au même moment
avait lieu un événement majeur, la pandémie mondiale. Enfermée dans un appartement sans espace extérieur, en plein centre-ville brutalement dénué
de toute activité culturelle et sociale, j’ai soudainement été habitée par le besoin inébranlable de pleine nature.
Jusqu’à présent, je n’avais pas su regarder le monde végétal autrement que comme un décorum. Pourquoi n’ai-je jamais considéré le monde vivant
non humain comme étant nécessaire à mon épanouissement au même titre que mes relations interpersonnelles ? Mon insensibilité est-elle innée ou
découle-t-elle de mes acquis? Est-ce une histoire d’éducation, intime et personnelle, ou de positionnement sociétal et collectif ?
J’ai comparé mon expérience à celles des autres, sujets proches et inconnus. Ce fut le déclencheur d’une crise. J’ai pris conscience que je n’étais pas
la seule à la traverser : selon l’écologue et philosophe Baptiste Morizot, elle se nomme « crise de la sensibilité ».
Je m’interroge sur mon manque de connaissances pratiques. Je n’ai qu’une vision idéalisée de la nature nourrie par les films et les livres, une vision
utilitariste, influencée par l’approche scientifique, née de mes études en pharmacologie. Dans cette logique, la nature existe pour me faire du bien. Sa
raison d’être est mon bien-être. J’en comprends les limites : mon besoin de nature est égoïste. C’est à partir de cette expérience intime et personnelle,
depuis ce point zéro de sensibilisation que JARDIN démarre.
JARDIN comme une intersection entre notre intimité et la nature.
JARDIN comme la tentative d’amener la nature en ville, comme l’envie de faire résonner culture artistique et culture agricole.
JARDIN célèbre la découverte et la rencontre avec le monde végétal et nous montre à quel point cette relation peut nous révéler à nous-même.
«J’ai mis les mains dans la terre et c’est toute mon histoire qui m’est revenue» : c’est ce que Izrar, personnage central de JARDIN, énonce au début de
la pièce et c’est ce qui s’est avéré être mon cas tout au long de ce processus de création. La mort d’une seule plante m’a amené à réinterroger mon
regard d’occidental sur la nature, à questionner mon ancrage sur le sol européen en tant que fille d’immigré d’origine algérienne, à évaluer l’impact de
mon environnement citadin bétonné et à me rapprocher de mon héritage agricole…
Ce projet parle du désir de s’éveiller aux vivants non humains. Il traite de la trajectoire enclenchée par ce désir, la prise de conscience et les mutations de
soi afin d’en proposer une expérience collective. En prenant du recul avec notre époque et son caractère anxiogène, l’envie a été d’écrire une comédie
qui valorise notre capacité de résilience. Une comédie qui célèbre le désir de se défaire d’un modèle anthropocentrique et prend à bras le corps le sujet
écologique depuis des questions sociales.
« Je viens de Garges-lès-Gonesse, une banlieue parisienne du 95 et je suis bruxelloise depuis plus de quinze ans. Formée à l’INSAS, je suis autrice, metteuse en scène, compositrice, musicienne, chanteuse et comédienne. J’ai commencé à écrire pour raconter des histoires auxquelles je pouvais m’identifier, écrire des personnages traversés par des problématiques qui concernaient mon entourage et représentaient sur le plateau, des corps présents dans mon quotidien mais absents des scènes de théâtre. Mon travail d’écriture et de mise en scène interroge le contexte social et l’ensemble de ses injonctions en tant que rouage déterminant de nos constructions personnelles et de nos regards sur la société. Souvent avec humour, mon geste artistique cherche à enrichir les imaginaires en racontant autrement les histoires de cell·eux trop souvent invisibilisé·es ou stéréotypé·es.
Pianiste, la musique est une part importante de mon travail. Elle est pour moi le sous-texte émotionnel des personnages. Elle aide à donner le ton du spectacle.
Je collabore aussi régulièrement en tant qu’interprète, compositrice ou dramaturge (Jasmina Douïeb, le collectif MariedL, Lorette Moreau, Ding Yteng, Anne-Cécile Vandalem). En parallèle du théâtre, j’évolue dans le milieu de l’audiovisuel en tant qu’actrice et scénariste. Au cinéma, j’ai joué notamment sous la direction des frères Dardenne ou encore de Baya Kasmi. Actuellement, je co-écris la série JOURS NOIRS produite par PLAYTIME et la RTBF. »
Amel Benaïssa
Mise en scène : Amel Benaïssa
Assistante à la mise en scène : Alizée Gaie
Écriture : Amel Benaïssa et Mathurin Meslay
Avec : Amel Benaïssa, Mathurin Meslay et Achille Ridolfi
Costumes : Solène Valentin
Lumière : Lionel Ueberschlag
Musique et son : Loup Mormont
Scénographie : Hélène Beutin et Marie Menzaghi
Dramaturgie : Sarah Seignobosc
Soutien construction décor : Nicolas Chuard
Régie générale : Candice Hansel
Création en 2023 – Projet produit par le Théâtre Varia (Bruxelles, Be)
Avec le soutien de Mars – Mons Arts de la Scène (Be), du CED (Centre des écritures Dramatiques Wallonie-Bruxelles), la SACD et La Fabrique de Théâtre (Frameries, Be),
Remerciements : La Compagnie [e]Utopia et Armel Roussel, Gaspar Audouin, tous les membres de la Wander Structure : Anna Czapski, Céline Estenne, Sophie Guisset, Lorette Moreau, Clara Thomine, Boryana Todorova et Salomé Richard ; Conso, Héloïse Ravet, Florence Minder, Gilles De Voghel, Mathis Bois, Laurent Micheli, Nina Lombardo, Mami Kitagawa, Camille Tauvel, Selma Alaoui, Wassila Benaïssa, François Gillerot, Bruno Tracq, L’équipe de Casco 1 : Lucile Charnier, Gaspard Dadelson, Clément Goethals, Camille Lefèvre, Lara Persain et Anna Solomin ; Nicolas Sanchez, In Limbo, la Collective Crabe, Marion Galisson, Didier Daïen, Émilie Maquest, Nicolas Chuard, Clemence Jussaume, Eugénie Obolensky, Eline Schumacher, Gaspard Audouin, La FACT, La Monnaie, La souplothèque, Zonnklopper
Photo : © Nour Beetch