la dernière archive

carolina bonfim & flavio rodrigo

les 9, 10 et 12 mars à 20h00
le 11 mars à 14h30
le 13 mars à 18h00

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création théâtre performance

places gratuites disponibles pour les membres de notre partenaire Different class – 11 et 12 mars
plus d’infos

Le 2 septembre 2018, un incendie a réduit en cendres 90 % du Musée national de Rio de Janeiro : 20 millions d’objets, des trésors indigènes, des artefacts afro-brésiliens, des reliques égyptiennes… Des mémoires parties en fumée.

Face à cette catastrophe, une question obsédante : Comment accéder à un patrimoine qui n’existe plus ? Comment « visiter » un musée sans murs ni collections ?

Pour y répondre, Carolina Bonfim et Flavio Rodrigo ont recueilli les souvenirs intimes de celles et ceux qui, un jour, ont croisé un objet, une œuvre, un fragment, un couloir de ce musée aujourd’hui disparu. A travers ces récits, i·els tracent les contours d’un musée qui persiste autrement. Une transmission vivante qui s’interroge sur la fragilité de la mémoire et des droits sociaux et politiques les plus importants de notre époque.

La dernière archive n’est pas une résurrection. C’est une re-création. Celle d’un patrimoine dépouillé de sa forme matérielle et qui continue de vivre grâce à la voix, aux gestes, aux corps, aux cervelles et aux imaginations.

note d'intention

A mighty tumble (1901) est un documentaire de dix-sept minutes sur la démolition d’un bâtiment de quatre étages dans le New Jersey, aux États-Unis. En seulement deux plans, le film montre d’abord l’effondrement de l’immeuble suivi par un énorme nuage de poussière, puis les gens qui regardent cette scène depuis l’arrière du bâtiment. Ce court-métrage met l’accent non seulement sur l’événement lui-même mais également sur la présence des témoins. Le 2 septembre 2018, les chaînes de télévision brésiliennes transmettaient en temps réel l’incendie qui ravageait le musée national de Rio de Janeiro (MNRJ). Les prises de vue alternaient entre l’image des flammes qui consumaient lentement le bâtiment et l’image des silhouettes des personnes qui observaient la catastrophe. Malgré leurs différences, cette séquence nous a rappelé A mighty tumble jusqu’à un rebondissement inattendu : un groupe de personnes a brisé le barrage de pompiers pour entrer dans le musée en flammes. Sans pouvoir capter la scène, le journaliste informait quelques minutes après que les gens sortaient de l’immeuble en tenant entre leurs mains des morceaux de météores, mollusques, os, squelettes, fossiles, momies et des objets divers. Aucune victime n’est à déplorer. En revanche, l’incendie a détruit intégralement l’édifice et a réduit en cendres près de 90% de son patrimoine de plus de 20 millions d’objets parmi lesquels figurait une des plus importantes collections d’objets indigènes au monde, ainsi que des artéfacts historiques des cultures afro-brésiliennes et du Pacifique, des reliques égyptiennes et des œuvres d’art gréco-romaines. Outre la destruction de la collection, la valeur symbolique associée à la transmission du patrimoine a également été perdue. Car un musée comme celui-ci est bien plus que les objets qu’il renferme : c’est un lieu d’appropriation de connaissances et un espace de construction de l’identité culturelle.

Face à cette catastrophe, il est dans un premier temps inévitable de s’indigner contre les gouvernants qui, quelle que soit leur couleur politique, ont été négligents quant à la préservation de ce patrimoine de l’humanité. En effet, depuis 2014, le musée ne recevait plus les ressources nécessaires à son entretien. Dans un second moment, avec un peu de recul, nous nous sommes interrogé.e.s : comment une personne n’étant jamais allée dans ce musée – comme nous – pourrait-elle accéder à ces objets qui viennent d’être détruits ? « On ne pourra jamais récupérer les composantes de cet ensemble unique au monde », a dit Sergio Kugland de Azevedo, un ancien directeur du musée lors d’une transmission radio après l’incendie. Cela ne fait aucun doute. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de penser aux échos que ces objets peuvent encore avoir au-delà de leur existence matérielle. Comment pourrait-on évoquer et comment visiter un musée sans collection ni bâtiment ? Une première réponse possible consisterait à récupérer toute l’information disponible, c’est-à-dire à recréer le musée à partir des livres, articles de journaux, revues scientifiques, actes de colloques et de conférences, thèses, études, rapports, documents publics et d’archives, manuscrits, photographies, encyclopédies, documentaires, sources électroniques, en somme, de toute l’œuvre produite autour des objets du musée. Une seconde réponse – sans doute moins évidente – pourrait s’appuyer sur la connaissance intellectuelle, sensible et sensorielle imprégnée dans le corps des « témoin.x.s ».

Dans ce cas, celleux-ci seraient compris.x.s dans un sens large. Il s’agirait de toux.tes celleux qui sont entré.x.s dans le bâtiment, tels que les scientifiques, les historien.x.s, les conservateur.x.s, les conservateur.x.s-restaurateur.x.s, les anthropologue.x.s, les archiviste.x.s, le public visiteur.x.s, le personnel d’entretien, de sécurité et de sauvetage, en somme tou.te.s ceu.x qui ont manipulé, transporté, regardé, senti, conservé, surveillé, nettoyé, admiré, passé du temps avec l’un des millions d’objets de la collection du musée.

Certes, nous sommes plus habitué.x.s à considérer et à valoriser comme source première les documents scientifiques et techniques, sans trop nous soucier du vécu et de la mémoire des témoin.x.s. Mais en tant qu’artistes dont la pratique est fondée sur l’utilisation du corps comme outil de travail, ce qui nous semble le plus urgent aujourd’hui est la réactivation des objets du musée par le corps des « témoin.x.s », en faisant l’hypothèse que le corps est un lieu de transmission, voire d’héritage, et un véhicule capable de connecter le passé, le présent et le futur.

Ce projet représenterait plutôt la manière dont nous pourrions, en tant qu’artistes et aussi en tant que brésilien.ne.s, collaborer à la sauvegarde d’un patrimoine indispensable pour répondre aux défis contemporains de notre société, surtout au Brésil où la protection de son héritage est particulièrement fragile. Le projet engage ainsi une réflexion sur les traces du passé colonial présentes au sein même de l’institution, et sur la nécessité de les revisiter, de les déplacer ou de les reconfigurer.

 

biographies

« Je suis née à São Paulo et j’ai grandi à Taboão da Serra, dans sa périphérie. Depuis le haut de l’immeuble où j’habitais, je regardais la ville se remplir d’eau sous la pluie. Ne pas pouvoir sortir de chez soi était amusant plutôt qu’angoissant. À l’adolescence, malgré ma timidité, j’ai réussi à intégrer le groupe de théâtre de mon école. Ce plaisir m’a menée à l’université et à suivre une filière en théâtre. Un peu par hasard et un peu en cherchant, je suis devenue artiste, enseignante et chercheuse. Je quitte le Brésil en 2010. En 2015, j’arrive à Bruxelles pour faire un doctorat. Partir de mon habitat naturel a éveillé en moi une attention aux autres, à leurs gestes et à leurs histoires, ainsi qu’à la manière dont les récits se tissent entre leurs corps et le mien. »

Carolina Bonfim

« Je suis né et j’ai grandi à Araras, une ville de la campagne de São Paulo, au Brésil. C’est au cours de mon adolescence que je me suis connu et reconnu comme artiste et comme pédé, ces deux aspects s’aidant mutuellement à se renforcer et à résister. Le théâtre a été pour moi un refuge, un temple où je pouvais être qui je voulais être. À cet endroit, entouré de toutes ces personnes, je pouvais exister. Mes principaux matériaux de création sont mon corps et mes mots, que j’utilise pour raconter des histoires. Je suis avant tout et surtout un raconteur d’histoires, et c’est à travers ces histoires que je me situe dans le monde. Ma principale méthode de travail est la rencontre avec l’autre. Je ne suis jamais seul, mes camarades de création et de lutte ainsi que mes ancêtres m’accompagnent toujours. Beaucoup de sang a coulé avant moi pour que je puisse être ici aujourd’hui, et je ne peux pas oublier d’honorer chaque goutte de ce sang. »

Flavio Rodrigo

distribution et crédits

Conception, écriture et mise en scène : Carolina Bonfim
Écriture, mise en scène et interprétation : Flavio Rodrigo
Création lumière et regard scénographique : Pol Esteve Castelló
Régie générale, son et graphisme : Carlos Valverde
Costume : Raquel de Morais
Enregistrement sonore : Mathilde Maillard
Traduction et relecture : Anne-Sophie Pinard
Regard extérieur : Ayoh Kré Duchâtelet, Peggy Pierrot, Sophie Senecaut et Karel Vanhaesebrouck
Remerciements chaleureux : à toutes les personnes interviewées qui ont rendu ce projet possible, Noémie Drouguet, Manuelina Duarte, Zé Caetano, Raquel Versieux, Roberto Freitas, Carolina Mendonça, toute l’équipe de La Balsamine, du Festival Santarcangelo et de la Société libre d’Émulation de Liège, le Fonds de la Recherche en Art (FRArt/FNRS) et à nos familles.
Production déléguée : la Balsamine (Bruxelles, Be)
Coproduction : la Balsamine (Bruxelles, Be), Festival Santarcangelo (Santarcangelo di Romagna, It)
Soutien : Fédération Wallonie-Bruxelles, Service général de la Création artistique – Service du Théâtre, Wallonie-Bruxelles International
Résidence : Festival Santarcangelo (Santarcangelo di Romagna, It), avec le soutien de Wallonie-Bruxelles International. Cette résidence a été soutenue par le réseau R.O.M.  (Residencies On the Move)

Photo : © Nana