miskine, la démocratie

le sbeul

les 24, 25, 26, 29, 30 septembre
et 2 octobre à 20h00
les 29 septembre
et 1 octobre à 14h30
le 3 octobre à 18h00

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théâtre

Nous sommes la génération Gryffondor et Serpentard, Jedi et Sith, Coca, Pepsi, nous sommes colonisateur·ices et colonisé·es. Façonné·es par des cultures qui se rejettent, on a appris à penser l’harmonie.

Pour survivre.

Et c’est pourquoi nous voulons rêver demain. Parce qu’ensemble, il est temps, maintenant, de répondre au monde que ce qu’on refuse de subir, on le transforme. Alors voilà, est-ce qu’une salle de spectacle peut être le départ d’un reboot sociétal, d’un renouveau démocratique ? Est-ce qu’on peut partir ensemble et tout remettre en cause pour tout remettre en marche ? 1h30 pour se reconstruire, 1h30 pour se repenser dans la dignité de toux·tes. 1h30 pour offrir ce sentiment qui devrait toujours nous traverser et qui, pourtant, nous échappe trop souvent : cette société est la mienne et je peux l’influencer.

Après As Salem Aleykoum, le Sbeul est de retour à la Balsamine avec Miskine, la démocratie.

note d'intention

« Je savais dire quand on m’insultait ou qu’on pointait les mien·nes comme responsables mais c’était la juste limite de ma perception politique. Je ne pouvais pas comprendre qu’un vote pouvait à lui seul orienter un pays dans une direction ou une autre. Et puis je ne voyais pas en quoi ça allait permettre aux mien·nes d’avoir une existence sociale tout simplement.

En 2002, j’ai 10 ans, je vis en France et Monsieur Le Pen passe au second tour des élections présidentielles. Je ne comprends pas tout évidemment mais je sens que “ce n’est pas bon pour les arabes” me dit un ami dans la cour de récréation qui se réjouit des élections.

Il ne s’y connait pas plus que moi mais on n’a pas les mêmes parents voilà tout.

En 2004, 100% Debbouze est sorti, un seul en scène de Jamel Debbouze. J’ai grandi avec.

Dans ce spectacle, il y a un sketch qui présente la mère de Jamel Debbouze qui fait du repassage et qui dit la veille des élections de 2002.

“On va tous mourir, on va tous mourir, samedi ou dimanche normalement, dommage jeudi il y a le marché”.

Je m’en souviens très bien, le marché était aussi le jeudi dans mon quartier. Je crois que cette bête blague m’a permis de mesurer l’action des élections sur un peuple d’abord et puis sur des corps comme le mien plus précisément.

En gros je me suis dit que je pouvais mourir si on ne votait pas. Si on ne s’impliquait pas dans cet espace démocratique.

La mère de Jamel m’a appris à comprendre que de cette société dépendait ma vie et Anass m’a appris à me dire que le pouvoir démocratique transcende le vote.

Parler de démocratie aujourd’hui est plus que jamais une histoire de vie ou de mort. Un coup d’œil sur l’Europe pour en être témoins. J’ai le désir et je ne suis pas le seul, loin s’en faut, j’ai le désir de créer le désir chez les gens et les plus jeunes surtout d’exercer son pouvoir démocratique au sens large. Faire avec un spectacle ce que cette blague et un enfant de mon quartier d’enfance ont créé en moi : le désir profond de ne pas laisser la démocratie mourir. D’agir sur mon monde. Et soyons entier nous n’avons pas tous les mêmes enjeux dans sa chute, nous ne pouvons laisser la responsabilité de la défendre à n’importe qui. Je crois que des corps comme les nôtres, membres du Sbeul, portent en elleux-mêmes la nécessité impérieuse de faire valoir leur pouvoir démocratique, de transmettre ce désir.

Moi j’ai grandi dans le vivre ensemble et je ne suis pas le seul. J’ai grandi dans les quartiers où les gens se parlent d’une fenêtre à l’autre et où jusqu’à vos 5 ans vous n’êtes pas bien certain·e de savoir laquelle des femmes qui vous aime est véritablement votre mère. J’ai grandi à l’ombre des grandes tours où se mêle l’amour des tantes et la violence des flics. La drogue des jeunes et l’argent du politique. J’ai grandi là où on n’a pas le temps pour la démocratie parce que la survie c’est tous les jours et la démocratie une fois tous les 4 ans, 5 ans.

Mais au final, On est de la même famille.

Sans la France, la Belgique, l’Europe, l’Occident nous ne serions pas les adultes que nous sommes, nous, membres du Sbeul. Nos cris, nos rages, notre travail n’a jamais été qu’un appel légitime lancé à celleux qui forment le monde dans lequel et duquel nous vivons afin que nous y soyons pleinement inclus et en pouvoir de le transformer.

Parce qu’aujourd’hui on veut aller plus loin dans cette relation qu’on a construite. On veut réussir à définir ce que c’est que cette société, ce monde qu’on forme ensemble. N’en déplaise à celleux qui pourrait nous dire “vous râlez mais quelle solution vous proposez ? hein ? “ C’est ma tante qui parle c’est elle qui me dit ça un soir qu’on mange ensemble dans ma tête. On est dans le salon chez moi, il y a 25 personnes dans un 35 mètres carrés. La maison, le salon. Chez moi, enfin là où j’ai grandi dans le quartier dans l’appartement de ma mère. Parce qu’aujourd’hui on veut aller plus loin dans cette relation qu’on a construite. On veut réussir à définir ce que c’est que cette société, ce monde qu’on forme ensemble. N’en déplaise à celleux qui pourrait nous dire “vous râlez mais quelle solution vous proposez ? hein ? “ C’est ma tante qui parle c’est elle qui me dit ça un soir qu’on mange ensemble dans ma tête. On est dans le salon chez moi, il y a 25 personnes dans un 35 mètres carrés. La maison, le salon. Chez moi, enfin là où j’ai grandi dans le quartier dans l’appartement de ma mère.

Non, de côte d’azur habitat.

On est heureux, on est une vingtaine, mes tantes Rachida, Fadoua, Hakima, Coralie et leurs enfants respectifs, Amira, Sarah, puis Dina, Inaya, Wael, Souleyma, Daoud, Hind, Sania et Kaoutar, ma grande cousine Janet et sa fille Neyla, puis ma sœur et ses trois enfants, Neyssa, Jenna, Mohamed, ma mère Khadija, mon petit frère Rayan et moi. On est dans un salon trop petit dans un appartement taudis de quartier comme il en existe des millions. On suffoque, l’air est pesant et on rit. En fond, la télé parle d’élections législatives de résultat chaotique. On est heureux, on est une vingtaine, mes tantes Rachida, Fadoua, Hakima, Coralie et leurs enfants respectifs, Amira, Sarah, puis Dina, Inaya, Wael, Souleyma, Daoud, Hind, Sania et Kaoutar, ma grande cousine Janet et sa fille Neyla, puis ma sœur et ses trois enfants, Neyssa, Jenna, Mohamed, ma mère Khadija, mon petit frère Rayan et moi. On est dans un salon trop petit dans un appartement taudis de quartier comme il en existe des millions. On suffoque, l’air est pesant et on rit. En fond, la télé parle d’élections législatives de résultat chaotique.

Je sais que ce n’est pas la Belgique la France mais faudrait être idiot pour ne pas concevoir que les démocraties européennes sont liées et s’influencent mutuellement.

Personne ne regarde la tv, personne ne change de chaîne et personne ne s’y intéresse, on préfère se parler.

Et Flash info, les problèmes de l’état les gens qui passent leur vie sous le seuil de pauvreté s’en foutent, y a des loyers en retard, des bouches à nourrir.

Le Sbeul a le devoir de faire ressentir le vivre ensemble démocratique. Ce lien que nous avons car nous sommes dans une même société. On a le devoir de faire venir un maximum de monde au théâtre pour réparer ce putain de tissu social. Que l’ensemble de nos familles que nous toutes et tous qui reléguons la démocratie au second plan parce que nous avons tout simplement abandonné l’idée même d’influencer nos pays – ou même jamais pensé que c’était en notre pouvoir de le faire qu’on ouvre une porte pendant un spectacle, c’est notre désir. Le temps d’un spectacle, traversons ensemble l’expérience de définir “notre temps de pause”. Car une fois que c’est fait pas de retour en arrière nous avons goûté à un sentiment qui échappe à beaucoup trop : cette société est la mienne et je peux l’influencer. Le Sbeul a le devoir de faire ressentir le vivre ensemble démocratique. Ce lien que nous avons car nous sommes dans une même société. On a le devoir de faire venir un maximum de monde au théâtre pour réparer ce putain de tissu social. Que l’ensemble de nos familles que nous toutes et tous qui reléguons la démocratie au second plan parce que nous avons tout simplement abandonné l’idée même d’influencer nos pays – ou même jamais pensé que c’était en notre pouvoir de le faire qu’on ouvre une porte pendant un spectacle, c’est notre désir. Le temps d’un spectacle, traversons ensemble l’expérience de définir “notre temps de pause”. Car une fois que c’est fait pas de retour en arrière nous avons goûté à un sentiment qui échappe à beaucoup trop : cette société est la mienne et je peux l’influencer.

Il est nécessaire de donner aux gens le pouvoir d’influencer leur monde, de le déconstruire et de le reconstruire. Le théâtre c’est le serment du jeu de paume et la révolution d’octobre. Ce qu’on ne peut comprendre par les urnes nous on se propose de l’offrir par l’art. C’est une nécessité et un devoir. J’en ai marre de juste râler. Je veux construire.

C’est ça mon, notre intention, parce que je parle de moi mais comme souvent, comme toujours en fait je ne suis pas seul.

On est foule et les self-made men sont des contes pour enfants…

Aujourd’hui j’écris pour transmettre au mieux le désir brûlant qui nous habite, le devoir qui nous réunit. Ce monde c’est le nôtre j’ai en moi un héritage sociologique qu’on éduque en lui imposant le sentiment que la société tu la subis et tu fermes ta gueule. Et je ne suis pas le seul, on est nombreux·ses, trop nombreux·ses. Il est temps, maintenant, de répondre au monde que ce qu’on refuse de subir, on le transforme. Aujourd’hui j’écris pour transmettre au mieux le désir brûlant qui nous habite, le devoir qui nous réunit. Ce monde c’est le nôtre j’ai en moi un héritage sociologique qu’on éduque en lui imposant le sentiment que la société tu la subis et tu fermes ta gueule. Et je ne suis pas le seul, on est nombreux·ses, trop nombreux·ses. Il est temps, maintenant, de répondre au monde que ce qu’on refuse de subir, on le transforme. »

Jonathan Moncef Kibani Boussaleh

biographie

« Nous nous sommes rencontré·es lors de la création du spectacle Le Sbeul. Nous avions, dans ce travail, fait en sorte de mettre en lumière les problématiques qui sont les nôtres :

Membres racisé.es/indigènes/ afrodescent.es du Sbeul

Et en faire des problématiques qui sont les nôtres :

Nous qui occupons ensemble une salle de spectacle pendant 1h.

 

Nous sommes parti.es de nos expériences multiples et en les partageant, nous avons créé un socle commun qui nous lie. Nous n’étions d’accord sur rien – si ce n’est sur le fait d’avoir souffert de discrimination pour la plupart – nous ne tirions pas les mêmes conclusions, n’avions pas les mêmes avenirs en tête.

De nos conflits est né un collectif qui évolue encore, et apprend tous les jours.

Aujourd’hui l’équipe s’est agrandie et nous restons des artistes en construction porté.es par un désir d’expression sur des sujets brûlants, personnels et politiques. Nous avons choisi de nous réunir et de partir de nos expériences, de nos vécus pour proposer un art sans concession qui regarde en face les enjeux sociaux de notre époque.

Nous sommes majoritairement racisé.e.s, nous souhaitons toutes et tous parler avec force et dignité. »

Le Sbeul : Warda, Mehdi, Edson, Louise, Jean-Marc, Loïc, Alex, Thomas, Sacha, Aylyn, Thibault, Jonathan, Billy, Anaïs

distribution et crédits

Écriture collective
Aide à la dramaturgie : Thomas Ollivier
Avec : Edson Anibal, Ayoub Benali, Oumar Diallo, Judith Gaillard Hwang, Alex Lobo, Louise Moret, Warda Rammach, Mehdi Zekhnini
Assistanat à la mise en scène : Loïc Leroy
Costumes : Aylyn Bendehina
Dramaturgie toustes
Lumière JMKB
Mise en scène : Jonathan Moncef Kibani Boussaleh
Scénographie : Juliette Bestandji
Photo et visuel : Sacha Talib
Stagiaires : Lucas Van Reymenant, Skandar Kazan Seckar et Moe Costa Yamamoto.

Remerciements du Sbeul :
L’équipe du Rideau, l’équipe de la Balsamine, l’équipe du Manège de Mons, l’équipe de la Vénerie, La FWB, l’équipe de l’Insas, la team Des Blocs, la team Fatsabbats, la team Ravi, Mélissa Diarra, Thibault Sforza, Dimitri Petrovic, Lorena Spindler, Paola Stevenne, François Makanga, Sophie Senecaut, Delphine Bellante, Lina Berbadj et un ensemble d’autres soutiens dont il faudra pardonner l’absence dans cette liste car, elles et ils, sont largement présent·xes dans nos pensées.

Production déléguée : le Rideau
Coproduction : Le Rideau, Mars-Mons arts de la Scène, La Balsamine, La Coop asbl et Shelter Prod
Aide : Fédération Wallonie-Bruxelles / Administration générale de la Création Artistique – Service du Théâtre
Soutien : taxshelter.be, ING et le Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge