sérénade

une comédie d'après schubert

martine wijckaert

les 19, 20, 21, 23 avril à 20h00
le 22 avril à 14h30
le 24 avril à 18h00
le 25 avril à 15h00

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théâtre création

Sérénade porte à la scène les derniers instants (en hospice) de Madame Poirier, femme terre à terre et opiniâtrement obstinée. C’est une réalité, celle d’une fin de vie hantée par le spectre encombrant du fils suicidé, pianiste accompagnateur et soliste raté.

Une Sérénade donc, qui implique la grandeur d’un mode mineur, est conduite par un lied de Schubert. Cependant, la fantaisie morbide, le goût des spectres et la fin d’un monde dispersé sont ici déployés selon le code de la pure comédie, teintée même d’endiablements vaudevillesques.

Conscience et frottement avec la mort, frottement avec le sens dans toute son inanité : oui, on peut rire de tout et c’est même salutaire !

 

note d'intention

Sérénade est le troisième membre d’une trilogie, dite vulgairement Trilogie de la merde et qu’il faut plus élégamment entendre comme la trilogie du désenchantement. Elle s’ouvrait avec Forêts paisibles, vaudeville mythologique, pour se poursuivre avec Thérèse Claus Philipp Maria, scène de genre.

Au fil de ces spectacles, et bien évidemment aussi avec cette Sérénade, c’est bel et bien la machine théâtrale qui est à l’honneur, celle qui fait des interprètes les génies goguenards et tragiques d’une re-présentation du biotope humain dans toute sa complexité aussi dérisoire que pugnace. Aucune aspiration, aucune élévation vers la tentative métaphysique n’est possible sans l’humus fondateur du panier de linge malodorant. C’est précisément là que le théâtre est maître.

Il y a aussi, et de manière plus intime, la volonté d’une déclaration d’amour adressée au théâtre, ce personnage (car s’en est un) qui m’a instruite, m’a formée à la discipline rigoureuse du temps tout au long de ces 52 années passées en sa compagnie. Et cette considération qui touche à la durée, à la permanence farouche, oserais-je dire à la posture quasi monacale envers l’ouvrage, la vocation en somme, me conduit au point nodal de ce qui advient maintenant.

J’arrive au terme de quelque chose car Sérénade sera sans doute mon dernier spectacle à la Balsamine, dans cet Amphithéâtre qui, lui aussi, m’a nourrie et guidée vers une esthétique bien spécifique que je partage avec ma scénographe, Valérie Jung.

Et voici qu’au terme de 52 années passées au théâtre, l’histoire tourneboulée d’un échec dans les cœurs inconciliables d’une mère et d’un fils, thématique qui m’est relativement étrangère, s’avère cependant devenir le symbole incarné d’un monde à la dérive et où le silence est la seule échappatoire.

Finir en somme avec de l’humain pur dans son labeur aussi interminable qu’une très longue punition au sein d’un univers désormais dévolu à la représentation arrogante et égotique de soi, à la réussite, aussi prédatrice que vide de sens.

 

Le lyrisme cru et brutal de la mère, à l’image de la réalité d’une femme qui a accouché dans la douleur et vécu dans le labeur et l’incandescence impuissante du fils offrent l’image d’une résistance vaincue, mais d’une résistance tout de même. Il y a entre eux l’émergence sauvage d’un imaginaire aussi foisonnant que scandaleux, la vie se projetant elle-même jusqu’à permettre sa propre destruction.

Entre eux toujours, une joute où le narcissisme courtise le grotesque dans une vulgarité très étudiée, immoralité à la fois décomplexée et revendiquée. Mais en définitive, c’est l’amour, l’inaptitude à l’amour et la course insatiable à la reconnaissance qui taraudent ces êtres de peu. Car, entre la mère et le fils, on pourrait dire que suaves peut-être furent leurs illusions mais amer certainement fut leur réveil.

Cependant, ce « peu » enturbanné de faconde leur assure une grandeur de personnage dans le triomphe de l’échec absolu.

Du reste, la mise en valeur de l’échec au titre de composante intrinsèque de l’aventure humaine dans toutes ses composantes m’interpelle profondément. L’échec est un moteur absolu, l’agent de l’aspiration et de la chute, faisant de nous des brouillons perpétuels, retournant invariablement à la source, profonde, inexplorable, telle cette vie terrestre inaccomplie et bien réelle d’une mère et d’un fils.

Si Sérénade navigue dans la trivialité des gestes et situations forcément obscènes de la vieillesse dont le spectre du fils vient troubler les quelques repères encore en fonction, les précipitant vers une résolution sans retour avec l’espoir que soit exprimé dans la mort ce qui ne s’est pas dit dans la vie, se résoudre en somme dans un état libérateur de pourrissement commun, il n’en demeure pas moins que nous restons sur la ligne sagittale du réel avec ses règles drastiques et ses jeux de pouvoir au sein d’une institution de soins tenue de main de maître par la Nurse Brigitte. Le Paradis a été clairement perdu. La fin, en dépit de Schubert qui se libère, aura les allures d’un grand déménagement vers le container à ordures. Il faut laisser se vider la chambre, avec l’efficacité hygiéniste d’une structure dépersonnalisée.

Mais dans la lumière et les ténèbres, le cortège des spectres ne sera jamais fini, parentalité et progéniture se devront de hanter les corridors, encore et encore, en quête d’une impossible transmission…

Enfin, Sérénade est portée par un Lied de Schubert.

Je dirais même que Schubert, en passeur de mélancolie, a pour ainsi dire coécrit ce texte. Les thèmes de Schubert hantent la partition scénique, réitérés à l’identique comme autant de paliers dramatiques.

A l’instar de Forêts paisibles (Rameau) et de Thérèse Claus Philipp Maria (Haydn), c’est à nouveau un compositeur qui est venu s’asseoir à ma table d’écriture pour m’insuffler une respiration, une cadence séquentielle, un souffle épique et surtout, le lyrisme, composante essentielle de mon travail.

biographie

« Je suis née à Bruges, le 27 août 1952, dans le vieil Hôpital Saint-Jean, d’une mère brugeoise et d’un père gantois. J’ai été baptisée dans la chapelle de l’Hôpital qui, à l’époque, exhibait encore au tout-venant ses Memling… Mon père y a vu les meilleurs présages.

J’ai été instruite de mes 3 à 17 ans au sein d’une rigoureuse institution catholique. J’y ai appris les délices de la désobéissance et la magnificence du langage symbolique, antichambre de la tentation artistique.

Je suis entrée à l’INSAS en jupe plissée d’écolière, j’en suis sortie en jeans.

Je n’ai jamais travaillé dans un vrai théâtre car j’ai eu la chance de m’installer dans les ruines d’une vieille caserne où frotter la matière théâtrale contre la rugosité de murs bien réels. J’en ai conçu une haine viscérale des pendrillons et autres coulisses. L’espace brutal a été mon maître à penser et à écrire.

J’ai eu la chance aussi de rencontrer une scénographe de grand talent, Valérie Jung, qui elle aussi aimait faire chanter la matière. Nous travaillons ensemble depuis plus de 45 ans. Entre nous, peu de mots, mais des gestes.

J’ai eu la chance enfin de pouvoir fédérer autour de moi une famille artistique d’actrices et d’acteurs, d’artistes du plateau. Cette durée, cette fidélité ont fait de nous toutes et tous les protagonistes d’un atelier d’artisans, au sens quasi XVIIème du terme…

Le temps donc est devenu mon plus bel allié, le temps long qu’il faut pour regarder et créer. »

Martine Wijckaert

distributions et crédits

Interprétation : Brigitte Dedry, Héloïse Jadoul, Nicolas Luçon et 3 petits garçons
Ecriture et mise en scène : Martine Wijckaert
Assistanat (et accessoires) : Astrid Howard
Scénographie (et accessoires) : Valérie Jung
Lumière : Stéphanie Daniel
Costumes : Laurence Villerot
Création son et régie son : Thomas Turine
Direction technique et régie lumière : Olivier Vincent
Dramaturgie : Sabine Durand
Production déléguée : la Balsamine (Bruxelles, Be)
Coproduction : la Balsamine ( Bruxelles, Be),
La Coop asbl et Shelter Prod
Soutien : taxshelter.be, ING et tax shelter du gouvernement fédéral belge

Photo : © Nana