surveillée et punie
philippe cyr & safia nolin
les 21 et 22 janvier à 20h00
le 23 janvier à 18h00
hors les murs – les halles de schaerbeek
Quel sens donnons-nous à la liberté d’expression lorsqu’elle se matérialise en violence? Devant cette question insoluble, Safia Nolin et Philippe Cyr se consacrent à sublimer la haine. S’emparant des milliers de mots d’insultes proférés à l’égard de la chanteuse, iels en font la matière première d’une création hors norme et entièrement musicale.
Dans une puissante célébration du geste artistique et un vibrant appel au collectif, sororité et solidarité se déploient. Armée de sa guitare et entourée d’une communauté forte et fière, Safia Nolin se réapproprie l’espace duquel on la chasse. À la fois majestueuse et vulnérable dans cette mise à nue, aux côtés de son alter ego, elle déjoue les attentes et se libère du poids de la peur. Face au châtiment infligé par la parole publique, toutes les permissions sont accordées par la musique, jusqu’à transformer les dynamiques antagonistes.
» L’idée de faire ce spectacle a surgi il y a quelques années, lorsque j’ai mis en scène le spectacle de Safia Nolin aux Francos de Montréal. À l’époque, elle m’avait partagé des extraits provenant d’une radio-poubelle de Québec. On y entendait des compositions de Safia sur lesquelles on ouvrait les lignes afin que les auditeur·trices appellent pour l’insulter en direct. Les propos allait jusqu’à l’appel au suicide, et ce, sans modération de la part des animateur·trices.
Avec le courage qu’on lui connaît, Safia voulait qu’on diffuse ces extraits sur la Place des Festivals durant son concert. Des milliers de spectateur·trices l’ont entendu en même temps, ensemble. La puissance de la réaction du public, stupéfait par la teneur des propos, ne m’a pas quittée depuis. Dès lors, j’ai compris que Safia était le vecteur d’une violence omniprésente et multiforme. Il ne m’était plus possible de détourner le regard de ce constat. Depuis, elle a été victime de nombreux événements haineux autant en ligne que dans l’espace public. Elle a dû s’éloigner de ce déferlement en vivant en France pendant plusieurs mois. La censure collective avait eu raison.
Pourtant, la place de Safia est sur scène, avec toute la beauté à laquelle elle nous a habitué·es. Son histoire est moins singulière qu’on le souhaiterait, elle révèle plutôt le ton avec lequel nous nous adressons les un·es aux autres, dans une flagrante carence de responsabilité, un aspect pourtant indissociable de la liberté d’expression. Pour questionner cet enjeu, il fallait saisir la signification de cette haine, la comprendre dans notre chair. Nous pouvons la théoriser, l’intellectualiser, mais la ressentir travaille notre empathie au corps.
Nous avons choisi de transmettre l’ampleur des propos et des actions visant Safia. Ce faisant, nous prenons conscience de l’importance de ce qui est dit, de la réelle violence, au-delà de ce que nous connaissons d’une manière superficielle. Cela nous force à conscientiser une strate de la pensée collective. Nous pourrions dire que la scène permet de matérialiser les paroles, de comprendre la nature réelle des propos soi-disant virtuels. La scène exige toutefois de dépasser le réel, elle appelle à transcender la matière. En tentant la sublimation, nous avons voulu générer une réponse puissante, briser la reconduction de mécanismes violents et engendrer une friction éclairante.
C’est aussi et surtout pour permettre à Safia de répondre. En lui donnant le temps, le choix des mots, la scène, c’est donner la place à une réappropriation de son histoire selon ses propres paramètres, ses propres moyens. C’est-à- dire avec son arme principale, la musique. D’un point de vue plus personnel, avec ce projet, je veux briser le cycle de la haine. Celle qui prend racine dans mon adolescence, celle que l’on pourrait qualifier d’ordinaire et constituée d’insultes, d’agressions physiques et d’exclusion au quotidien. Nous sommes légions à subir l’intolérance et devant ce fléau, je ne vois d’autres choix que de nous rassembler et de nous y opposer. Avec cette formidable équipe de création, nous avons entamé une révolte joyeuse avec toute la sensibilité dont nous étions capables en mettant nos cœurs et nos têtes à contribution pour faire barrière à cette omniprésente violence.
Les coudes serrés, nous avons imaginé chaque note et chaque geste comme une façon de résister ensemble contre l’abject. Chemin faisant, mes estimé·es collègues m’ont enseigné ce qu’était la solidarité dans la création comme dans la vie.
En espérant qu’à l’issue de cette représentation, vous puissiez vous aussi faire partie de la communauté que nous avons si soigneusement tissée. »
Philippe Cyr
« Je suis né en Gaspésie, près de la mer. Mes yeux, habitués à regarder l’horizon, cherchent à regarder là où on s’arrête habituellement de voir. J’aime porter mon attention sur les zones d’ombres de l’existence et tenter de sonder où se trouvent les limites. Quand je parle de mon travail, j’aime me référer à la description que Foucault fait de la transgression qu’il compare à un éclair dans la nuit. Là où il y a friction, une étincelle peut surgir. C’est probablement le contraire de la provocation, c’est plutôt comme une tentative de renommer ce qui nous entoure pour que la réalité puisse être envisagée autrement. J’essaie de faire ça à travers les projets que je crée et ceux que je programme au Théâtre Prospero. »
Philippe Cyr
« Je suis née à Québec. Mon parcours est celui d’une quête identitaire, une exploration de la différence et de la marginalité. En tant que femme racisée, lesbienne et artistiquement non conforme, je défie les normes et les attentes sociétales. Je préfère épouser cette image dissonante, plutôt que de répondre à ce que je ne suis pas. J’ai fait paraître Limoilou (2015), Reprises vol 1. (2016), vol. 2 (2019) et vol. 3 (2026), Dans le noir (2018), SEUM (2021) et UFO RELIGION (2024). Je pratique le crochet depuis quelques années. Au-delà d’un passe-temps, le crochet me permet d’exprimer ma dualité, entre couleurs explosives et trous imparfaits, jovialité et chansons tristes. »
Safia Nolin
Livret : Safia Nolin, Jean-Philippe Baril Guérard
Musique : Safia Nolin, Vincent Legault
Idéation et mise en scène : Philippe Cyr
Conseil dramaturgique : Anne-Marie Voisard
Avec : Safia Nolin, Katia Lévesque et un choeur
Direction du choeur local : en cours de distribution
Choeur : Mathieu Abel, Cristine Cimon Fortier,
David Cronkite, Ryan Doyle Valdés, Étienne
Guertin, Claudine Ledoux, Kimberly Lynch,
Florence Tremblay et un choeur local
Scénographie et costumes : Odile Gamache
Lumière : Cédric Delorme-Bouchard
Assistance à la mise en scène : Andrée-Anne Garneau
Régie : à confirmer
Intégration vidéo : Zachary Noël-Ferland
Intégration lumière : Joëlle LeBlanc
Intégration et régie son : Jules Potier
Recherche : Ariane Thibault-Vanasse
Direction de production : Catherine Comeau
Direction technique : Ariane Roy
Une création du Prospero (Montréal, Ca),
en coproduction avec l’Homme allumette (Montréal, Ca),
le Théâtre français du Centre national des Arts
(Ottawa, Ca) et Les Plateaux Sauvages (Paris, Fr), et en
collaboration avec le Théâtre du Trident (Québec, Ca)
Développé avec le soutien du Fonds national de création
du Centre national des Arts du Canada.
Surveillée et punie a été créé au Festival
TransAmériques (FTA) en 2024.